Valérie Favre - Visions

Carré d'Art - Musée d'art contemporain de Nîmes
Exposition du 27 mai au 20 septembre 2009

Carré d'art - Musée d'art contemporain de Nîmes organise une importante exposition monographique de l'artiste Valérie Favre qui présentera plus de 70 oeuvres.

Peintre d'origine suisse, Valérie Favre s'est tout d'abord fait connaître en France comme actrice puis à partir de 1991 se tourne à nouveau vers la peinture, son premier intérêt. Elle a souvent évoqué ce tournant dans sa carrière comme la possibilité de quitter la place de l'interprète pour celle de l'auteur. Valérie Favre travaille par séries qui s'entrecroisent.

Depuis les années 90, elle établit une taxinomie du pictural à partir d'objets quotidiens : les tapis de bains, l'oreiller, le mouchoir ou d'éléments empruntés à la tradition picturale (les fraises, la robe rouge, le portrait).

Une salle dans l'exposition évoquera ce laboratoire de l'oeuvre à partir d'une sélection de dessins, carnets, collages, représentation de rêves et de la présence de La Poulinière : objet machine conçue par l'artiste en 1989 pour donner un cadre de temps et d'espace à la représentation qu'elle allait aborder. L'exposition rassemblera plusieurs ensembles d'oeuvres à partir de 2002 autour de ses personnages de prédilection : la lapine, l'aigle déchu, les centaures, les majorettes. Y seront présentés intégralement les séries d'Autos dans la Nuit ou des Suicides.

Entre contes et références cinématographiques, la peinture de Valérie Favre n'illustre pas seulement un panthéon personnel. Elle porte une réflexion sur la scénarisation de la société contemporaine.

L'atrium du bâtiment et la première salle ouverte sur l'escalier accueilleront en parallèle à la série des Lapines Univers, un podium repris du logo des films Columbia et un ensemble de bâches conçues par l'artiste à partir de la célèbre scène du landau de Potemkine d'Eisenstein. Ce dispositif vise à propulser le visiteur avant même son entrée dans les salles du musée sur une scène et à l'inclure, comme partie prenante, au processus allégorique et onirique à la base des oeuvres récentes de Valérie Favre.

En contraste fort avec les autres salles organisées autour des séries figuratives, la plus grande salle sera consacrée à la présentation de 7 grands tableaux abstraits (300 x 195 cm) Balls and Tunnels. Depuis 1995, une fois par an, Valérie Favre s'affronte à la peinture informelle. Mais contrairement aux vocabulaires expressifs mis en place par les grands peintres de la seconde moitié du XXe siècle, notamment américains, les Balls and Tunnels sont un jeu de hasard. La toile, teintée d'encres dans une baignoire, reçoit des accents portés à l'acrylique. La série déjoue tout lyrisme existentiel mais affirme dans la dérision de son titre sexué l'existence d'une peinture qui ne soit pas le seul apanage des hommes.

La pratique de Valérie Favre, si elle est reconquête d'une technique traditionnelle pour laquelle elle n'a pas reçu de formation académique, ne s'arrête pas là. Elle pose une question essentielle pour qui ne veut pas se cantonner à l'abstraction ou à la déclinaison des codes et des matériaux de la peinture. Comment se forment les éléments d'un récit qui, à l'époque contemporaine, ne peut trouver sa justification dans aucune mythologie ou histoire établie ? Si la pratique avertie de Valérie Favre est nourrie par le regard porté sur l'histoire de l'art et le cinéma.
Certains corps humides et informes rappellent Böcklin (les Redescriptions, les Drei Hexen nach Füssli, sont des remakes de la Descente de Croix de Rembrandt ou du Macbeth de Füssli.) Le titre de Secret Service for the Queen, imprime au tableau un petit air de James Bond ; son récit lui-même reste fragmentaire et énigmatique.
Certaines oeuvres comme Autoportrait et Second Life peuvent même, dans la rupture de la figuration, évoquer un rébus, i.e. une image dont le sens est ailleurs.

C'est d'ailleurs face à ces oeuvres placées à touche-touche, c'est à dire au risque de manquer la lisibilité puisque certaines d'entre elles sont des triptyques tandis que d'autres sont unes, qu'est exposé le monument hommage à la dramaturge anglaise Sarah Kane dont l'oeuvre aborde l'existence humaine sous le signe de l'interrogation et du fragment. Objet opaque, Sarah Kane apparaît comme un meuble peint en vert bouteille avec des portes fermées, une tablette éclairée par un néon enfoncée dans la profondeur du meuble, un thermostat et une sorte de visière elle-même éclairée.

Valérie Favre mène souvent de pair sur plusieurs années des séries qui s'entrecroisent et l'oeuvre qui en ressort est placée sous le signe de la fluidité, du déséquilibre et peut-être même du danger, comme certains des espaces considérés.
Dès l'entrée, les bannières qui entourent l'atrium traduisent un espace instable et accélèrent la chute du landau de la célèbre scène du Potemkine d'Eisenstein, dans une manière particulièrement rapide (les bannières ont été réalisées à partir de dessins de 10 x 20 cm agrandis) structurée par le fort contraste des noirs et des blancs. Les éléments architecturaux (volière, maison) sont des espaces de transition, soit formellement éclatés dans la descendance du cubisme, soit isolés de leur contexte normal comme les nombreux pavillons dans les bois du cycle Der Dritte Bruder Grimm. Centaure, femme lapine, lion logo, faune, majorette (femme soldat), il y a peu de personnages qui ne soient empreints d'une double identité. A l'opposé de cette contamination des thèmes, les passages d'une palette à l'autre semblent plus définitifs bien que se jouxtent dans l'exposition les petites peintures lavées des Selbsmord et la matière plus chargée des grandes compositions.

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