Rina Banerjee

« Chimères de l’Inde et de l’Occident »

Le musée Guimet présente jusqu'au 26 septembre 2011 « Chimères de l’Inde et de l’Occident », oeuvres contemporaines de l’artiste américaine d’origine indienne Rina Banerjee.

Installées au coeur des collections permanentes, les compositions hybrides et poétiques de Rina Banerjee entrent en résonance avec les oeuvres millénaires du musée. Déroulant jusqu’à nos jours les récits entremêlés de l’Histoire en cours, elles offrent l’occasion de porter un regard renouvelé sur les civilisations asiatiques et leurs relations complexes avec l’Occident.

Sculptures sensuelles mêlant coquillages, crânes d’animaux, plumes et étoffes indiennes ; installations spectaculaires associant objets coloniaux et matériaux plastiques trouvés dans les rues de New York ; dessins oniriques aux couleurs exotiques mettant en scène la transe des corps… Déployées dans l’espace-temps singulier du musée, les oeuvres de Rina Banerjee y expriment – sans doute davantage que dans l’espace vierge de la galerie d’art – les ambiguïtés de sa double appartenance au monde occidental et oriental, les illusions héritées du passé et les « chimères » des temps nouveaux, les contradictions du monde post-colonial et l’envers de la mondialisation.

Au sein de murs chargés d’histoire, saturés de signes sociologiques et religieux, les oeuvres de Rina Banerjee révèlent, dans un panthéon de demi-dieux, de figures féminines à l’aspect guerrier et d’animaux fabuleux, la complexité du mixage des cultures et les incessantes luttes de pouvoirs des civilisations.

Après les expositions Chu Teh-Chun et Hung-Chih Peng (été 2009), puis Rashid Rana et Chen Zhen (été-automne 2010), « Chimères de l’Inde et de l’Occident » poursuit l’inscription ambitieuse du musée Guimet dans son projet scientifique et culturel de « La Fabrique contemporaine de l’art en Asie », à la croisée des regards entre patrimoine ancien et création actuelle. Simultanément à son exposition

Biographie de Rina Banerjee

L’artiste Rina Banerjee, née en Inde, vit et travaille à New York. Elle a une prédilection pour la richesse des matériaux : textiles et articles vestimentaires indiens traditionnels, objets et ameublement de style colonial, éléments architecturaux du patrimoine indien. Sous leur déguisement, ces matériaux s’intègrent à une oeuvre polymorphe qu’ils animent, sans dissimuler pour autant leur identité. Les sculptures et dessins, les peintures et vidéos de Rina Banerjee sont l’aboutissement d’un syncrétisme culturel servi depuis toujours par une imagination des plus fécondes. Son oeuvre, explique-t-elle, explore diverses périodes coloniales du subcontinent et dresse la carte des étapes complexes d’une diaspora indienne réinventée, identifiée et située géographiquement.

Rina Banerjee est née à Calcutta en 1963. Elle émigra très tôt avec sa famille, en Angleterre d’abord, puis aux Etats-Unis. En 1993, elle obtient un diplôme (B.A. en ingénierie des polymères) à l’Université Case Western, puis accepte un poste de consultant chercheur dans le domaine des polymères que lui offre l’Université d’Etat de Pennsylvanie. Elle y travaille successivement pour le compte de Dow Chemical, la Nasa et d’autres institutions, mais peu après, abandonne la recherche scientifique pour se consacrer pleinement à sa vocation créatrice. En 1995, elle est diplômée de l’Université de Yale, section beaux-arts où son Masters of Arts est assorti de distinctions prestigieuses glanées aux universités d’été de Skowhegan et Norfolk, satellites de Yale.

Rina Banerjee a grandi dans des sites urbains, au milieu de cultures et de races différentes et l’ampleur de sa vision créatrice est nourrie de cette expérience riche en couleurs. Cet amour des matières, textiles et textures diverses se traduit par la mixité des médiums d’une oeuvre où s’alignent des objets aussi disparates que des crocodiles empaillés, des berceaux en bois, des arêtes de poisson, des oeufs d’autruche, des ampoules électriques, des flacons taillés dans l’ambre. Mais parfois aussi, ces « objets trouvés » (ou retrouvés) se nichent ensemble, à l’intérieur de parapluies, sous un amas de plumes : réminiscences d’une culture populaire et vestiges de hautes civilisations, tels panaches enrubannés et accessoires décoratifs anciens (tapis), et images pieuses de cultes religieux divers.

L’intérêt de Rina Banerjee pour le rôle des cultures, des mythologies, des contes populaires, de l’anthropologie et de l’ethnographie est d’autant plus vif que notre époque est celle de la dispersion des identités raciales (dilution aussi des identités nationales) conséquence de la mobilité du tourisme, de l’attractivité de l’exotisme désormais à portée de main et de la mondialisation. Notre accès chaque jour plus aisé aux technologies de l’information alimente nos désirs impatients de voyages déjà très fréquents, ouvrant par là des brèches dans nos frontières. Notre conception de l’espace a perdu les tracés de la cartographie d’autrefois au profit d’une vision planétaire indifférenciée, derrière laquelle s’estompe, irréversiblement, l’idiosyncrasie ou riche singularité de cultures jadis dominantes.

Musée Guimet
6, place d'Iéna
75016 Paris

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