Réouverture du musée national Jean-Jacques Henner

dans l’hôtel particulier de Guillaume Dubufe :

Le musée a réouvert ses portes au public le 7 novembre 2009, après d’importants travaux de rénovations, initiés sous l’impulsion éclairée et enthousiaste de son directeur, Rodolphe Rapetti, et de son équipe. L’objectif de cette rénovation est de rendre à l’hôtel particulier qui l’abrite son cachet de la fin du XIXe siècle, et de moderniser les conditions d’accueil du public.

Dubufe et Henner

L’hôtel particulier qui abrite aujourd’hui le musée n’était pas la demeure ou l’atelier de Jean-Jacques Henner (1829-1905) mais celle d’un autre peintre : Guillaume Dubufe (1853-1909). Marie Henner, veuve du neveu de l’artiste, l’avait acheté en 1921 aux héritiers de Dubufe pour y présenter les oeuvres de Jean-Jacques Henner qu’elle souhaitait donner à l’État. Issu d’une dynastie d’artistes, Guillaume Dubufe a réalisé plusieurs décors monumentaux importants comme les plafonds du buffet de la gare de Lyon, de la bibliothèque de la Sorbonne ou du foyer de la Comédie française. Les deux peintres se connaissaient et Henner était parfois invité à dîner avenue de Villiers par Dubufe.

JEAN-JACQUES HENNER (1829-1905), l’artiste et son Oeuvre :

L’Alsace et les années de jeunesse :

Jean-Jacques Henner est né le 5 mars 1829 à Bernwiller, dans le sud de l’Alsace, de parents cultivateurs. Après l’annexion de l’Alsace par l’Empire allemand en 1871, il opte pour la nationalité française mais conserve des liens forts avec sa région d’origine où il retourne chaque année. Si l’Alsace est très présente dans son oeuvre, il ne peut cependant pas être considéré comme le chef de file d’une école alsacienne ou comme un artiste régionaliste. Outre l’emblématique L’Alsace. Elle attend, il a peint de nombreux paysages de sa région natale y compris sous une forme idéalisée comme dans Le Rêve ou Nymphe endormie.
Ses tableaux de jeunesse, essentiellement des portraits et des scènes de genre comme La Mère de l’artiste priant devant le corps de sa fille Madeleine, sont caractérisés par un réalisme qui demeurera une constante dans son oeuvre.
Le talent de Henner est d’abord remarqué par Charles Goutzwiller, son professeur de dessin au collège d’Altkirch. Il est ensuite l’élève de Gabriel Guérin à Strasbourg. Grâce à l’aide financière du Conseil général du Haut-Rhin, il poursuit ses études à Paris, à l’École des Beaux-Arts et dans les ateliers de Drolling et de Picot. Henner y reçoit une formation traditionnelle qu’il complète par une fréquentation assidue des musées. Il est surtout influencé par la peinture de la Renaissance italienne, notamment par Titien, Raphaël et Corrège. Il apprécie également Holbein, dont il connait Le Christ mort du musée de Bâle, et les peintres français de la première moitié du XIXe ècle comme Ingres, Prud’hon et Corot.

Le Prix de Rome et le séjour à la Villa Médicis :

Après deux échecs, Henner remporte le Grand Prix de Rome de peinture en 1858 avec Adam et Eve trouvant le corps d’Abel succès qui lui permet de séjourner cinq ans à Rome, à la Villa Médicis, où il côtoie notamment le sculpteur Falguière et le compositeur Bizet, et lui ouvre les portes d’une carrière officielle. Il s’inspire de son nouveau cadre de vie avec, en 1860, Rome, terrasse de la Villa Médicis. Le peintre visite Rome, Florence, Venise, Naples… Il y admire les oeuvres de l’Antiquité et de la Renaissance italienne conservées dans les musées mais découvre aussi un pays qui le charme par la beauté de ses paysages et le pittoresque de sa vie quotidienne. Arrivé à Rome comme peintre d’histoire, il peint de nombreuses scènes de genre et de lumineux petits paysages, écrivant en 1859 à son frère: « J’ai fait beaucoup de paysages ici; je fais le paysage aussi bien qu’un paysagiste ».

Une carrière officielle :

À son retour de Rome, le peintre s’oriente provisoirement vers un naturalisme dont témoignent le portrait de Joseph Tournois, le fils d’un ami sculpteur (Salon de 1865) et la Femme couchée dite La Femme au divan noir du Salon de 1869 (Mulhouse, musée des Beaux-Arts). Influencé par Manet et Degas, il expose en 1868 La Toilette, qu’il détruira à cause des critiques défavorables reçues par le tableau. Henner abandonne progressivement ce style naturaliste et se dirige vers des sujets issus d’une Antiquité idéale. En témoignent les titres de ses tableaux qui évoquent les poésies bucoliques de la littérature antique comme, Idylle et Églogue, exposés en 1872 et 1879, ou la mythologie, comme Byblis ou Naïade.

Le peintre devient, à partir des années 1870, un artiste à succès et un portraitiste recherché. Il est élu en 1889 à l’Institut et distingué, en 1903, par le plus haut grade dans l’ordre de la légion d’honneur.

Il envoie régulièrement au Salon et aux Expositions universelles des tableaux aux sujets historiques ou religieux, relevant par conséquent du "grand genre" comme Saint Sébastien exposé au Salon de 1888. Il reçoit peu de commandes en dehors de La Vérité pour la Sorbonne mais plusieurs de ses oeuvres sont achetées par l’État pour être exposées au musée du Luxembourg, alors consacré aux artistes vivants, ou envoyées dans les grands musées régionaux. Il est également recherché par des collectionneurs privés comme Alfred Chauchard qui a possédé La Liseuse de Henner (aujourd’hui au musée d’Orsay à Paris) mais aussi l’Angélus de Millet.

En fait, Henner mène une carrière officielle comblée d’honneurs alors que sa peinture ne correspond pas véritablement à l’idéal prôné par l’Académie. Ses tableaux d’histoire sont critiqués pour leur liberté par rapport au traitement traditionnel du sujet, alors que celui-ci est au coeur de la peinture d’histoire, sommet de la hiérarchie des genres. Contrairement à son contemporain Jean-Paul Laurens ou aux Néo- Grecs comme Jean-Léon Gérôme, Henner n’a pas le goût de la reconstitution historique. Il accorde peu d’importance aux éléments susceptibles d’induire une narration comme le décor ou les costumes alors que la peinture d’histoire devrait, dans un souci didactique, donner à voir des exemples. Sa peinture n’a pas non plus l’aspect lisse et précis ni cette volonté de séduire le spectateur dont témoignent les oeuvres de William Bouguereau ou d’Alexandre Cabanel.

Si on ne peut véritablement inscrire Henner dans un aucun mouvement pictural de la seconde moitié du XIXesiècle, sa démarche qui mêle idéalisation, réalisme et référence à la Renaissance italienne, est cependant proche de celle de ses amis sculpteurs, les Néo-Florentins, Paul Dubois et Alexandre Falguière.

À sa mort en 1905, Henner était un artiste reconnu dont l’oeuvre était très largement diffusée par la gravure et la photographie. Des tableaux comme L’Alsace. Elle attend ou Fabiola faisaient figure d’icônes. Cette réussite lui a aussi valu d’être abondamment copié.

Le musée et ses collections :

Possédant la plus importante collection d’oeuvres de Jean-Jacques Henner existante, le musée présente une sélection représentative des différentes périodes de la vie de l’artiste: de sa jeunesse en Alsace à ses dernières années en passant par son séjour à la Villa Médicis à Rome. Il conserve des tableaux à sujets historique, religieux ou mythologique mais aussi des paysages d’Alsace ou d’Italie, des portraits, des scènes de la vie quotidienne ainsi que des natures mortes. Le parcours permet non seulement de suivre l’évolution de l’artiste mais aussi de comprendre comment il travaillait grâce aux nombreuses oeuvres préparatoires (esquisses, dessins, calques servant au report…) et aux répliques issues de son fonds d’atelier.

Outre la donation fondatrice de 1923, la collection s’est enrichie grâce à de nombreux dons, donations et legs. Le Louvre puis le musée d’Orsay ont consenti plusieurs dépôts importants comme Saint Sébastien et Solitude. La première acquisition à titre onéreux est le Portrait de la Comtesse de Callac, acheté en 1998. Henner ne possédait pas une importante collection d’oeuvres d’art mais les collections du musée comprennent des tableaux, sculptures ou dessins d’autres artistes (Paul Dubois, Adolphe Monticelli, Félix Trutat, Antoine Vollon, François Joseph Heim, Jean et Many Benner...) lui ayant appartenu. Le musée conserve également des meubles et objets venant de Henner, comme son matériel de peintre ou son costume d’académicien, ainsi qu’un grand nombre de lettres, photographies et documents qui sont accessibles aux chercheurs sur demande.



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