Interview de Francis Raphaël Jacq

"Nous sommes tous artistes"

« Je est un Autre », disait Rimbaud de l’identité.
Pour Francis Raphaël Jacq (dit FRJ), « le Monde est l’Art », l’Art est l’altérité qui nous permet de sentir, voir, aimer, travailler, vivre, faire le Monde.

Cette altérité prend toutes sortes de noms : le magique, le divin, l’humanisme, le romantisme, le réalisme, l’impressionnisme, le cubisme, le surréalisme, l’abstraction, la figuration.. . Pour FRJ, comme structure, l’Art précède nos sensations et nos actions, puis opére leur transformation créatrice sous forme d’objets, de tableaux, de poèmes, de chansons, de romans, d'opéras, de comportements stylisés.

Une récente exposition dans le showroom de la société Orythie, spécialisée dans l’ingénierie des vibrations (lumière, son, fluides) a donné à FRJ l’occasion d’une démonstration de la relation entre l’Art et le Monde. A droite, la photo d’un coucher de soleil. A gauche, le tableau qui propose à la fois la structure lumineuse de la vision (les couleurs, leurs contrastes, leurs complémentarités) et une figuration de ce coucher de soleil. Curieusement, la vibration solaire s’exprime comme un carré orange et se développe selon une oscillation entre une grande proximité et un éloignement dans le lointain. Simultanément, le spectateur ressent le plaisir d’une chaleur proche et amicale et éprouve l’angoisse de la nuit qui commence à envahir le ciel.
Le dispositif photo/tableau fait apparaître l’ambivalence du tableau : il est œil analysant le spectre lumineux, il est processus émotionnel équilibrant l’amitié et l’angoisse.


Avec cette démonstration mettant en regard un coucher de soleil et un de vos tableaux, vous vous situez où ? Certains vous considèrent comme un artiste qui joue avec la science ? D’autres comme un scientifique qui a des prétentions artistiques ?

Eh bien, je suis à la fois un scientifique et un artiste. Pourquoi me scinder en deux parts ? Me mettre en conflit avec moi-même ? Mon ambition est que nous nous émancipions tous de ces oppositions entre des étiquettes simplistes, où chaque étiquette est l’occasion de mépriser l’autre étiquette. Les uns cultivent leur "jeunesse", les autres leurs "seniorité". Les uns se valorisent comme "entrepreneurs risque tout", les autres comme "respectueux du social et de l’environnement". Ces oppositions nous font perdre le sens de l’altérité. La véritable altérité n’est pas destructrice mais productive. L’altérité du jeune n’est pas la "repoussante vieillesse" mais le principe de la jeunesse. La véritable altérité ouvre les paradoxes : il y a de la vieillesse dans la jeunesse, puis nous progressons vers la jeunesse dans la vieillesse.


Un de vos travaux graphiques montre la transformation progressive d’une personne en note de musique au fur et à mesure du récitatif d’un poème. Quel est votre but ?

Nous vivons parfois des situations dé structurantes. J’ai cherché à suggérer que l’opportunité s’ouvre alors pour trouver son rythme, sa vibration, sa "note de musique" propre. Cette transformation progressive des figures montre que l’Art n’est pas une transposition en image du Monde, mais un espace de passage, ayant sa dynamique et sa règle propre. Ici la dissolution du corps humain fait apparaître une forme globale. La note de musique est le devenir vie de cette forme globale. Je suggère que chacun, en partant du Monde, peut se reconstruire en suivant les règles de l’ Art : composition, répétition, contraste, complémentarité, mélodie, harmonie.


La musique, les sonorités, les vibrations sont des thèmes insistant dans vos œuvres.

Chaque œuvre est bâtie sur un rythme.
Ce rythme doit faciliter la progression de la transformation. Le tableau "Le soleil est mon ami" se développe en 4 temps. Le graphisme de "La mémoire du sable" articule un rythme en 2 temps et un rythme en 3 temps. La série de mes "Vies en réseau" propose chaque tableau comme une partition.








Lorsque vous dites « Le Monde est l’Art », vous nous invitez donc à rechercher dans ce que nous éprouvons ce qui à la fois est possibilité de transformation et règle de construction.

Exactement ! Chacun d’entre nous rencontre régulièrement une situation clé de sa vie où le choix d’une option doit s’accompagner d’une transformation. Chacun doit trouver sa façon d’être artiste : changer de figure, trouver son rythme, disposer ses couleurs, choisir les mots appropriés. Alors, nous n’évoluons pas seul car notre Art donne du plaisir aux autres.




Pour poursuivre la réflexion avec Francis Raphaël Jacq :
deplacements.blogspot.com
www.mavieenreseau.fr
www.francisraphaeljacq.fr



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