Xe biennale de Lyon : le spectacle du quotidien

Art contemporain ou Art content pour rien ?

Comme tous les deux ans, la biennale accueille son exposition d’arts contemporains à la Sucrière.

Construite durant les années 1930, agrandie en 1960, la Sucrière est une ancienne usine de sucre (Beghin-Say) utilisée comme entrepôt jusque dans les années 1990. Dans cet espace de 7000 m2 réaménagé en 2003, les visiteurs empruntent le même parcours que les sacs de sucre autrefois. L’entrée se fait par les anciens silos.

Il est assez étrange, voire prémonitoire, que l’art contemporain soit si souvent associé à des lieux gris, à d’anciens bâtiments industriels reconvertis en lieux d’exposition.
Comme chaque fois, la foule se presse pour découvrir le spectacle du quotidien !
Le projet artistique de cette exposition est que sans ce spectacle, le monde disparaîtrait, car l’ordinaire lui resterait alors invisible ! Les "artistes" qui exposent ici revendiquent de nouveaux modes d’expression.
En simples visiteurs, nous allons tenter de les découvrir.

Extrait du communiqué de presse de la biennale de Lyon :
La Biennale de Lyon figure parmi les biennales d’art contemporain les plus marquantes aujourd’hui. Créée en 1991 par le Ministère de la Culture et la Ville de Lyon, elle est à présent la « Biennale française » et occupe une place de tout premier plan dans le monde de l’art. Rendez-vous artistique incontournable, elle attire un public de plus en plus large (140 000 visiteurs en 2007).

Pour citer Hou Hanru, commissaire de la Xème biennale de Lyon : « le projet consiste à proposer au public de réfléchir sur le pourquoi de l’art à une époque où il faut repenser le rapport entre les artistes, l’art et les gens pour que la cohérence entre le monde de la création et la société continue d’exister ».

Merci au ministère de la Culture et à la ville de Lyon de nous offrir cette biennale si française ... ! Et pour quel coût ?

Peut-être conviendrait-il de remercier également la quincaillerie, fournisseur (et/ou fossoyeur) de cet art content pour rien ?
Pour découvrir l'oeuvre avant l'oeuvre, rendez-vous dans tous les musées Castorama, après les arrosoirs et les pelles, heureusement, bientôt les râteaux...

L’exposition est organisée en cinq parties :

1. La magie des choses
2. L’éloge de la dérive
3. Vivons ensemble
4. Un autre monde est possible
5. Veduta, qui signifie "Vue"

Les lieux sont assez dépouillés (normal pour une ancienne usine…), le premier objet sur lequel s’ouvre l’exposition est une grille ouvragée, en tôle, suspendue à un mur, et qui se balance an allant frapper les murs situés de part et d’autre. L’auteur est Shilpa Gupta, artiste originaire d’Inde. Une métaphore de l’enfermement, qui contraint également le spectateur à se déplacer s’il veut échapper à ces coups de boutoir.

Quant à cette association de mots: "art contemporain", seul "contemporain" paraît indiscutable.

L’un des thèmes récurrents des dites œuvres serait le reflet de la tendance schizophréniforme de notre monde gris et triste.

La ville est le support préféré de ces artistes. Par exemple, pour l'artiste japonais, Takahiro Iwasaki, il s'agit d'œuvres suspendues par un filin au dessus du sol, qui représentent des villes miniatures, construitent avec des objets de la vie quotidienne (serviettes de bains, sacs poubelles).
Pour sa part, il évoque le contraste entre le "romantisme" de ces paysages et le dénuement des matériaux utilisés.
Pour le commun des visiteurs, il est vraiment difficile d’apprécier toutes les œuvres, si toutefois toutes peuvent porter ce nom ! Cependant, Iwasaki fait partie de ces rares artistes qui parviennent à conjuguer prouesses techniques et intérêt esthétique.

La ville est aussi l'objet des œuvres d’Adel Abdessemed (Algérie) à travers une série de onze photographies et de deux vidéos.
Les oeuvres d’Abdessemed sont l’expression d’un monde et de sa violence animale, par la mise en scène d’animaux farfelus dans l’espace urbain.

Certaines œuvres peinent à éveiller de l’intérêt. Par exemple, "L’échafaudage équipé de caméras de surveillance" (Jimmy Durham, USA) ne retient pas vraiment l’attention. Encore une fois, l’appellation "art contemporain" permet-elle tout et tout peut-il être considéré comme de l’art ?

Une même question se pose concernant "One day", de Lin Yilin (Chine), une vidéo présentant un homme contraint de marcher dans la rue, au milieu des passants, le poignet menotté à la cheville ! A moins que l’artiste cherche à provoquer les réactions du public en illustrant le désintérêt de tous pour cet homme, et de tous les hommes les uns pour les autres !

Il en est de même de l’œuvre "Installation", de Barry McGee (USA), composée de structures en bois, de camionnettes, de graffitis. Même si l’art urbain est un art moderne et même si techniquement, la conception de cette œuvre est complexe, ce ne sont ni plus ni moins que des "utilitaires" empilés.

A contrario, l’art urbain trouve dans les œuvres de Dan Perjovschi (Roumanie) une excellente illustration de ces petites images accrocheuses qui pointent le doigt sur les grandes questions du monde.

Contradictions, faux-semblants, volatilité de la société contemporaine…
Le mur recouvert de dessins en noir et blanc est l’un des passages les plus intéressants de cette exposition. On s’y arrête spontanément, invité à réfléchir … Chacun peut y trouver un ou plusieurs messages.

Peut-on marcher sur l’art ?
C’est une question que Lalifa Echakhch (Maroc) pose à travers un linoléum de 100 m2 disposé sur le sol. Elle réalise des dessins linogravés, une technique proche de la gravure sur bois, pour imprimer des motifs sur des zones blanches. Ce sont des reprises de dessins et textes de Le Corbusier, mais réduits à une échelle plus modeste.

Parmi toutes ces œuvres, une d’entre elles est presque anecdotique, mais techniquement très complexe. Le « Portable Planetarium », de Sarah Sze (USA), est une sculpture éphémère, créée à partir de milliers de petits objets du quotidien, assemblés en formes maîtrisées mais irrationnelles. Dans ce cas, il s’agit d’une sphère où chaque objet appartient à un ensemble, mélange de hasard et d’équilibre fragile. Evocation d’un écosystème d’un autre genre, où se mêlent transformation et recyclage. Une particularité non négligeable est à noter : une fois l’exposition achevée, l’œuvre de Sze est démontée et ses matériaux sont conservés pour une réutilisation dans une prochaine sculpture.

Artdget, ou art gadget ?

Hehe, le collectif créé en 1999 par Helen Evans (Grande-Bretagne) et Heiko Hansen (Allemagne), met en scène un 4x4 miniature évacuant une fumée verte à travers les rues d’une grande ville américaine (Toy Emissions).
La mini voiture se faufile parmi ses grandes sœurs et provoque, avec un minimum de moyens, un effet fort, véhiculant un message contre la pollution atmosphérique et la surconsommation.

Pour conclure, Agnès Varda (Belgique) expose des cabanes conçues comme des refuges pour les visiteurs et pour elle-même. La cabane de cinéma, par exemple, est entièrement construite avec les pellicules 35 mm d’un film où l’on peut notamment reconnaître les visages de Catherine Deneuve et Michel Piccoli.

En sortant de cette exposition, on a vu beaucoup d’images, d’objets, ..., mais on a un réel sentiment d’incompréhension. On est dubitatif sur le “pourquoi” de ces dites œuvres. En outre, à trop montrer, on prend le risque d’une perte de sens et donc, d’efficacité. Enfin, si incontestablement, la plupart des œuvres sont réellement complexes, toutes ne sont pas suggestives, ni singulières.
La technicité seule ne fait pas une œuvre d’art.

Mais vous vous ferez votre propre opinion en visitant cette exposition…

Les autres artistes exposés :
Pedro Cabrita Reis, Portugal - Eko Nugroho, Singapour - Rigo 23, Portugal - Bani Abidi, Pakistan - Georges Brecht, Allemagne - Thierry Fontaine, France - Oliver Herring, Allemagne - Leopold Kessler, Allemagne - Mark Lewis, Canada - Liu Quingyuan, Chine - Eko Nugroho, Indonésie - Tsang Kinwah, Chine - Fikret Atay, Turquie - Ha Za Vu Zu, Turquie - Ian Kiaer, Grande-Bretagne - Michael Lin, Japon - Robert Milin, France - Adrian Paci, Albanie - Pedro Reyes, Mexique - Bani Abidi, Pakistan - Maria Thereza Alves, Brésil - Carlos Motta, Colombie - Wangechi Mutu, Kenya - Eulelia Valldosera, Espagne - Yang Jiechang, Chine.

Informations pratiques :
La Sucrière : les docks, 47-49 quai Rambaud, Lyon 2ème
Ouvert du mardi au dimanche jusqu'au 3 janvier 2010, de 12h à 19h (nocturne le vendredi jusqu’à 22h)

La biennale, c’est aussi :
• Le musée d’art contemporain
• La fondation Bullukian
• L’entrepôt Bichat

À ne pas manquer en sortant : "Rue le Bec"

Ce restaurant, appartient au grand chef Nicolas Le Bec. L’environnement dans lequel se trouve le restaurant a été organisé comme des halles, avec un fumoir, une boulangerie, une fleuriste, une poissonnerie, une boucherie, un primeur, une cave à vins, une fromagerie, au centre se trouve le restaurant lui-même. Original, au fond de la salle vous trouverez une "Smart", qui sert d’aquarium pour poissons rouges ! Une ambiance chaleureuse et décontractée se dégage de cet endroit où on est sûr de finir agréablement la soirée.


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